Mission Ruth et Noémie

Les Fraternités Béthanie et Jean-Paul II
« MISSION RUTH ET NOÉMIE »

Cette initiative est née d’une mission en Lituanie en décembre 2015 et de la visite aux femmes à la prison de Panevėžys dont Kristina est l’aumônière. Voici comment Kristina s’est investie auprès des femmes de cette prison :
« En 2010, je commençais à visiter les prisonnières dans la prison des femmes Panevėžys. J’étais choquée car chaque mois était marqué par un suicide. Il y avait dans cette prison des intervenants protestants, mais une prisonnière catholique priait afin de pouvoir bénéficier aussi d’une visite d’une personne catholique. Je fus peu de temps après invitée à me rendre à la prison pour parler aux femmes. Ces dernières avaient exprimé le souhait de pouvoir parler avec une femme, certainement se sentant plus en confiance, comprises. Après cette première
prise de contact, les prisonnières réclamèrent de nouvelles rencontres. Je priais alors l’Esprit Saint de me guider. C’est alors que les mots « restaurée » et « acquittée » se sont imposés à moi. Je mis donc en place un programme sur ces thèmes. L’intention était de favoriser une rencontre avec Jésus aimant, mais aussi de favoriser un chemin de demande de pardon à leur victime quand cela était possible. C’est ainsi que je travaille dans cette prison depuis cinq ans avec mission de l’Evêque. Cette prison est habitée par 350 femmes dont 120 sont emprisonnées pour la première fois. Je le précise car malheureusement, la récidive est un problème dominant à la prison des femmes. Lorsque nous nous réunissons, il y a de 20 à 50  femmes assidues aux rencontres. La plupart sont catholiques, mais il y aussi des juives, musulmanes et orthodoxes. La grande majorité sont ici pour meurtres, 15% pour détention de stupéfiant, 10% pour vols, fraudes… Les détenues sont demandeuses d’enseignements, de prière, d’attention à leur identité féminine sans cesse menacée par les conditions carcérales ».
Pour ma part, je fus, lors de cette première rencontre, bouleversée par la soif de ces femmes. Comment ne pas penser aux Israélites, qui manquant de tout, affamés et assoiffés,reçoivent la manne céleste. Ce fut une expérience forte de ce que la soif de l’homme attire la Gloire de Dieu. Mais aussi, de ce que les difficultés des conditions physiques et relationnelles de ces femmes menaçaient à tout moment les petites avancées de foi,
d’espérance et de fidélité. Je confiais tout ceci alors à l’intercession du bienheureux père Lataste dont les phrases me nourrissaient : « Dieu oublie ce que vous avez été, et ne retient que ce que vous êtes ». Je leur prêchais cette matinée dans ce sens de la Miséricorde inépuisable de Dieu, mais intimement, je me demandais comment entretenir l’étincelle des rencontres fortes qui leur étaient proposées chaque semaine, face à la dureté quotidienne de l’univers carcéral ? Le dimanche 10 janvier (Baptême du Seigneur), je finissais une neuvaine à Mère Teresa, et me vint à la messe l’idée de cette mission.
Vision
Il y a d’un côté ces femmes, avec leur histoires, douloureuses, souvent dramatiques et Jésus qui est là assoiffé de leur âmes, ne dit-il pas qu’il est venu pour les pécheurs ? Et au milieu, cet univers clos, déshumanisant, « déspiritualisant » (homosexualité, drogue… tant de tentations…) qui dit au quotidien que plus rien n’est possible, que cette vie est un gâchis, remplissant l’atmosphère d’amertume, de colère, de révolte. Je pensais qu’il leur faudrait enjamber d’une manière ou d’une autre les murs de cette prison, s’évader par le coeur, jusqu’au Coeur de Jésus. J’eus alors l’idée d’un jumelage : une femme dedans, une femme dehors. Celle du dehors est ce marchepied que les femmes prisonnières peuvent emprunter pour regarder au-delà des murs carcéraux. Celle du dedans peut alors partager ses aspirations, sa soif loin des regards des autres prisonnières, librement en quelque sorte, car la vie en prison impose nombre de codes relationnels. Qui ne s’est jamais senti enfermé dans
un problème, souhaitant au plus intime trouver une personne neutre qui écoutera, entendra, sans jugement, sans à priori ? Celle du dehors est cette main tendue de Jésus qui rappelle qu’il ne se souvient plus du passé, que toute histoire, même la plus dramatique, en lui, peut avoir une autre fin, une autre issue, une preuve de l’espérance qu’il leur offre. Un autre point important est la valeur de l’engagement. Accepter et choisir le jumelage dans les conditions définies, est un acte d’engagement : « Oui, je veux cheminer vers Jésus, avec
l’aide d’une autre femme chrétienne ». La relation a valeur de témoignage et le témoignage augmente la foi. N’est-ce pas alors, à Jésus, que cette déclaration est faite ?
De plus, nous savons bien que les douleurs liées au sentiment d’indignité se guérissent avec l’attention d’un amour sans condition qui dit : « Tu n’es pas les actes que tu as commis, tu es là pour réparer ces fautes, mais ces fautes ne définissent pas ton identité, moi, je suis là pour te rappeler que tu es fille de Dieu… », rappeler que la Miséricorde est toujours plus grande que la misère, et ce afin de travailler à la restauration du sentiment filial.
La Mission Ruth et Noémie est de confession catholique mais peut être proposée aux femmes de toute confession ou, sans confession, qui désirent cheminer vers la libération, la réconciliation et s’ouvrir à Dieu dans leur vie, telle doit être la motivation du coeur. Il est à préciser qu’il n’y a pas d’engagement matériels, ces derniers, colis, dons, ne relèvent pas de cette mission.
Concrètement
La femme du dehors : Elle peut être de n’importe quelle nationalité. Ses coordonnées personnelles ne seront pas
transmises à celle du dedans, sauf son prénom.
Son engagement
Porter dans son coeur de femme cette autre femme comme une soeur, comme une fille. Les démarches spirituelles (Messe, jeûne, offrande de ses souffrances…) sont entièrement libres à l’initiative de chacune. Cette soeur veut être le Coeur de Jésus où l’on peut se reposer et trouver du réconfort dans la peine, des forces aussi. Que fait un coeur ? Il bat.

La prière, sous toutes ses formes, sera la vie de ce battement. La femme du dehors se tiendra comme « sentinelle » de l’invisible pour une autre qui marche dans la nuit de son histoire. Comme Noémie qui encourage Ruth à aller glaner dans un champ nouveau – « Un jour, Ruth la Moabite dit à Noémie : « Laisse-moi aller dans les champs. Je ramasserai les épis derrière quelqu’un qui sera bon envers moi en me permettant de le faire. » Noémie répond : « Vas y, ma fille ». (Ruth 12,1)
La femme du dehors encouragera cette autre à avancer dans sa foi, particulièrement aux heures sombres. L’amitié féminine vécue dans le Coeur de Jésus, au-delà du visible, fait écho aux paroles de Jésus : « Si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux ». (Matthieu 18,19)
La femme du dehors pourra correspondre par lettre avec celle incarcérée, par le biais des services de la Fraternité Béthanie dont la responsable est Kristina. Cette Fraternité prend en charge la traduction des courriers dans le respect du secret des échanges. Dans le cas de libération d’une détenue, cette femme est libre de poursuivre la relation entamée dans les circonstances évoquées, mais cette démarche est alors d’ordre privée et ne concerne plus la Mission Ruth et Noémie. Une ex-détenue pourra à son tour, dès que sa situation s’avère
stable, se proposer comme femme du dehors.

La femme du dedans
Ayant participé au moins à trois rencontres proposées par la Fraternité Béthanie en prison et après entretien avec une responsable, elle pourra faire la demande de jumelage. Pour ce, la démarche sera présentée en ces termes : Je demande ce jumelage dans le but d’être soutenue pour entrer pleinement dans mon identité de fille de Dieu. Je désire être restaurée dans ma dignité de femme et répondre au projet d’amour de Dieu sur ma vie. Je sais que, comme les vierges de l’Évangile, il me revient d’entretenir l’huile de ma lampe et que personne ne peut la remplir à ma place. Mais comme ces vierges qui étaient ensemble pour attendre l’époux, moi aussi, j’ai besoin d’amies pour partager ma foi, mes questions et mes doutes, être encouragée, fortifiée, entraînée. J’affirme que Dieu peut faire toute chose nouvelle dans ma vie, comme pour Marie Madeleine, qui repentie, se jette aux pieds de Jésus, est alors immédiatement délivrée et restaurée, et se met à marcher à sa suite. Moi aussi, parcourant ce chemin, je désire apprendre à marcher avec lui, et demande dans cette démarche l’aide d’une soeur en Christ. Je pourrai m’appuyer sur sa prière et entretenir une correspondance avec elle (voir les
conditions de la correspondance, rythme…). Je m’engage, lors de ma libération, à ne pas chercher les coordonnées de cette « femme du dehors », sauf accord particulier avec la responsable de la Fraternité Béthanie et cette femme. J’ai conscience que mon engagement est aussi missionnaire et que dans les conditions difficiles qui me sont données à vivre, j’ai besoin d’être soutenue pour être, moi aussi, à la suite de Marie Madeleine, un témoignage en paroles et en actes auprès de mes soeurs détenues. Je sais que cet engagement
m’encourage aussi à la fidélité aux programmes de foi proposés par la Fraternité Béthanie.
Je sais aussi que je ne pourrais pas faire de demande matérielle (colis, dons…) à cette personne.
La présente démarche est présentée aux autorités civiles de la prison pour conformité aux règles de la prison.
Premiers engagements à la prison de Panevėžys, le 4 mars 2016, en la fête de Saint Casimir, patron de la Lituanie, lors de la S. Messe présidée par l’évêque du lieu

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